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La fonte des glaces

Joël Baqué

Ed : P.O.L

Prix :17 €

 

Un iceberg dans la Rade de Toulon ?! Si si ! On suit avec grand plaisir le héros débordant d’imagination qui va retrouver un sens à sa vie grâce à une rencontre incongrue… Une fable hilarante qui égratigne au passage lécologie spectacle.

Excellent moment de lecture !

Notre vie dans les forêts

Marie Darrieussecq

ed : P.O.L

Prix : 16 €

 

L’auteure nous précipite dans le vide pour changer notre regard sur nous-mêmes. De cette chute vertigineuse nous nous relèvons forcément différents. Une passionnante expérience littéraire.

Summer

Auteure : Monica Sabolo

Edition : JC Lattès

Prix : 19 €

 

Au bord du lac Léman tout n’est que quiétude et personne n’aurait l’idée saugrenue de faire vaciller le bel ordonnancement qui régit la vie de ses riverains helvètes. Chaque personnage s’efforce de coller à l’image que le voisin, l’ami, le parent attend de lui. Tous ? Lorsque Summer, la belle et (trop ?) lisse jeune fille disparaît, l’apparente transparence de ce monde se trouble. Le récit relaté vingt cinq ans plus tard par Benjamin (le frère cadet de Summer) attire inexorablement le lecteur vers les profondeurs poisseuses de l’âme humaine.

L’écriture juste et l’atmosphère inquiétante qu’imprime avec talent Monica Sabolo à son roman ne vous laissera pas le temps de reprendre votre respiration…

Les jours enfuis

Jay McInerney

Ed L’olivier

22.50 €

 

Autant le dire d’emblée : nous sommes heureux de nos retrouvailles avec les Calloway ! Il faut avouer qu’entre eux et nous c’est une longue et belle histoire qui nous lie. Nous avions fait la connaissance de Corinne et Russell en 1987… Nous avions alors « trente ans et des poussières ». Avec eux, nous prenions le pouls d’une ville, New York, et d’une génération dont l’ambition égale la force de son jeune âge. Nous nous étions retrouvés quelques années plus tard, juste après le chaos d’un matin de septembre 2001 (« La belle vie »). Dans ce nouvel opus, Corinne souffle les bougies de son demi-siècle. Nous sommes en 2008. Année charnière pour l’Amérique. La bataille pour l’investiture du parti démocrate bat son plein entre Hillary Clinton et un certain Barack Obama. Chacun des Calloway a son favori. Les banques implosent, les newyorkais tentent de donner le change. La maison d’édition de Russell est au bord de la faillite… Et puis Luke revient dans la vie de Corinne. Le couple Calloway va devoir faire face à tous ces courants contraires.

Jay McInerney a l’art de nous plonger dans l’intimité des personnages en même temps qu’il pointe tout en finesse les travers d’une société au bout du rouleau.  La nostalgie qui émane du titre n’efface pas totalement l’énergie vitale qui habite chacun des personnages. Avec un écrivain de cette trempe, la lecture se fait engouement. C’est à regret que l’on referme ce superbe roman, comme l’on quitte de vieux amis, avec un pincement au cœur.

La lumière parfaite

Marcello Fois

Ed Seuil

23 €

 

Avec l’écrivain sarde Marcello Fois, nous sommes coutumiers de ses récits sombres où les femmes et les hommes sont écrasés par le poids de l’ascendance  et des traditions. Avec ce nouveau roman flamboyant, l’auteur élargit sa palette pour donner à ses personnages un maximum de nuances. Mais les secrets du passé eux, continuent dans l’ombre d’innerver leur existence.

Le livre s’ouvre au début du XXIème siècle à Rome. Maddalena rend visite à son fils unique, Luigi Ippolito qui s’apprête à embrasser la prêtrise. Elle a une révélation à lui faire : son père n’est pas son père biologique. Retour en arrière, au mitan des années 80, en plein cœur de la Sardaigne. Deux familles installées sur l’île depuis des temps immémoriaux, les Guiso et les Chironi, y vivent en bonne harmonie ; entendez qu’elles font en sorte que leurs affaires financières et spéculatives n’entrent pas en conflit. La jeune génération incarnée par Cristian et Domenico grandi dans cet esprit. Mieux, les deux garçons se vouent une profonde et sincère amitié. Mais lorsqu’apparaît la jeune Maddalena les cartes sont rebattues et les sentiments amoureux inconciliables vont troubler en profondeur le destin des deux familles.

Si la dramaturgie mise en place par Marcello Fois est classique, l’auteur, grand maître des rebondissements, nous entraîne dans un récit hautement romanesque pour notre plus grand plaisir.

 

Des hommes sans femmes

Haruki Murakami

Ed Belfond

21 €

 

Ouvrir un livre de Haruki Murakami est toujours la promesse d’une lecture envoûtante. Qu’il s’agisse du roman fleuve « 1Q84 » ou du plus court « Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil », la magie opère. Cette fois-ci Murakami nous ravit avec un recueil de nouvelles. L’auteur dit apprécier l’écriture d’un tel genre littéraire car il s’agit pour lui d’un excellent moment de détente. Un peu comme un footing de « décrassage » après un marathon dont il est adepte. « Des hommes sans femmes » rassemble sept histoires courtes ; sept variations sur la solitude masculine après le départ plus ou moins soudain d’une femme. Au-delà des références littéraires (Hemingway, Kafka) et musicales (les Beatles, le Jazz) l’auteur explore, à sa manière bien reconnaissable, la banalité du quotidien qui verse dans une atmosphère étrange. L’errance (à pied, en voiture), la mélancolie, la solitude sont autant de thèmes abordés avec brio par le maître des émotions. Murakami parvient en quelques mots à nous faire approcher au plus près du gouffre au fond duquel sont précipités ses personnages. La magie littéraire de cet immense écrivain réside dans la description de cet équilibre précaire dans lequel il met ses lecteurs.

La nature exposée

Erri De Luca

Ed Gallimard

16.50 €

Le nouveau roman d’Erri De Luca raconte l’histoire d’un homme (sans nom tout comme les autres protagonistes) qui possède plus d’un point commun avec l’auteur transalpin. Le narrateur pratique l’alpinisme, aime la solitude des cimes et les sentiers escarpés qui se jouent des frontières humaines. Un jour, arrivent au village des hommes et des femmes fuyant les horreurs d’une terre exsangue pour une destination incertaine mais pleine de promesses, plus au nord. Certains villageois, dont le narrateur, proposent leur service moyennant rétribution financière pour les faire passer de l’autre côté du col. A la différence du boulanger et de l’aubergiste, il rend l’argent une fois le passage franchit. Mais son existence va basculer le jour où l’un de ces voyageurs raconte dans un livre son épopée clandestine et la beauté du geste du généreux passeur. La médiatisation qui s’en suit détourne les migrants de ce passage désormais surveillé par les autorités. Privés de cette manne, les villageois ostracisent le narrateur contraint à l’exil. Restaurateur de statues, il propose ses services au hasard de son voyage vers la côte jusqu’à sa rencontre avec un prêtre qui lui fait une proposition insolite : « Réparer » un crucifix grandeur nature. La réparation consiste à restituer l’œuvre originale, à savoir ôter le drapé qui recouvre les hanches du supplicié qui avait été rajouté pour cacher sa nature (entendez le sexe du Christ). Après de minutieuses recherches iconographiques et de surprenantes découvertes, le narrateur se rend à Naples. Ville nourricière, ville sacrée qui prend sa force non pas dans la beauté en surface mais des profondeurs telluriques. La pierre et le touché là encore, car c’est par le contact physique que le sculpteur éprouve une pleine empathie avec le corps du crucifié et ainsi va pouvoir mener à bien son travail, à moins que…

Erri De Luca excelle ici dans la confection de phrases qui durent le temps du souffle qu’il faut pour les dire. Ce beau roman aussi court que dense nous questionne sur notre capacité à faire preuve de compassion et de solidarité.

Manuel à l’usage des femmes de ménage

Lucia Berlin

Ed Grasset

Prix 23 €

On sort heureux et ébloui de la lecture du livre de Lucia Berlin. Heureux d’avoir fait la connaissance de cette auteure extraordinaire, ébloui par la « clarté émotionnelle » avec laquelle elle raconte les instants mémorables de son existence. Lucia Berlin est décédée en 2004, son livre a été publié aux Etats-Unis en 2015. Il rassemble quarante trois nouvelles. Toutes racontent les vies multiples d’une femme formidable que l’on aime d’emblée. Mère de quatre garçons, habitant souvent en mobil home, traversant le pays au grès de ses mariages, exerçant pléthore de métiers dont le point commun est la tendresse qu’elle prodigue aux cabossés de la vie. Enfant, elle a souffert d’une scoliose, adulte c’est l’alcoolisme qui va la corseter.

Il y a les rencontres, les joies, les rires, les amours, mais aussi les sales coups, les douleurs, les déceptions, « la vie réelle » assumée avec humour et dignité. Lucia Berlin, à l’instar des personnages qui peuplent ses courts récits, fait face, et de belle manière. Comme les éclats d’un miroir brisé, elle nous donne à voir un monde sans concession par son écriture tranchante, toujours juste. Dans la nouvelle intitulée Ingérable, le double de Lucia doit trouver la force d’aller acheter sa dose d’alcool avant que ses fils ne se réveillent. L’ainé a dissimulé les clés de la voiture.  Extrait : « Dans la nuit obscure de l’âme les bars et les magasins de vins et spiritueux sont fermés (…). Ne réfléchis pas mon Dieu, ne réfléchit pas à ton état, sinon tu vas mourir de honte, d’une attaque. Sa respiration ralentit. Elle entreprit de lire des titres d’ouvrages de la bibliothèque. Concentre-toi, lis à haute voix. Edward Abbey, Chinua Achebe, Sherwood Anderson, Jane Austen, Paul Auster, ne papillonne pas, ralentis. Arrivée au bout de cette paroi de livres elle se sentit mieux. Elle se releva. » La jeune femme parviendra à ses fins, se calmera avec une gorgée de vodka, de retour  juste à temps pour préparer le petit déjeuner de ses fils.

Le ton de Lucia Berlin est en équilibre entre ombre et lumière, beauté et cruauté. Un livre magnifique à lire absolument !

Looping

Alexia Stresi

Ed Stock

Prix 18.50 €

Dès son premier roman, Alexia Stresi nous fait chavirer. Elle s’empare de son stylo comme son héroïne du manche de son avion : avec fougue et détermination. Résultat, son récit mené plein gaz nous fait décoller et virevolter jusqu’à l’ultime figure, renversante ! De la haute voltige à vous couper le souffle !!

Noelie est une jeune femme libre, curieuse, altruiste, aventurière et volontaire. Elle le restera toute sa vie. Son destin héroïque (raconté avec beaucoup d’empathie par sa petite fille) se noua au temps de l’Italie fasciste. Fille de paysans, elle apprend tôt la rudesse du travail et la solidarité qui lie les plus modestes. Le hasard de sa naissance va l’arracher à cette terre laborieuse pour l’enraciner de l’autre côté de la méditerranée, dans les sables du désert libyen. La greffe prend, facilitée en cela par sa rencontre avec un jeune pilote de guerre. L’amour donne des ailes dit-on, Noelie applique l’adage au pied de la lettre. Elle apprend à piloter, et n’en faisant qu’à sa tête, s’élève de bien belle manière contre l’idéologie colonisatrice…

D’aventure en aventure, Noelie saura sera rendre indispensable jusque dans les plus hautes sphères de l’Etat italien de l’après-guerre. La trame romanesque et le rythme insufflé par Alexia Stresi donnent  à ce beau roman une fraicheur roborative, une énergie communicative. Quand on termine la lecture de Looping on n’a qu’une envie : Redécoller avec la belle Noelie !

Merci pour l’invitation

Lorrie Moore

Editions de l’Olivier

21 €

Dans une vie de couple il y a des hauts et des bas. Lorrie Moore préfère explorer ces derniers. Remarquable nouvelliste, l’auteure américaine dit affectionner ce genre littéraire pour satisfaire à l’urgence quasi compulsive de l’écriture. Le résultat est très largement à la hauteur pour notre plus grand plaisir. Ce qui fait et défait un couple émet un écho bref et syncopé que Lorrie Moore capte avec beaucoup de justesse.

L’amour donc, dans tout ses états, à la périphérie des êtres, éclats miroitant les amants à la lutte. Mais sans céder au côté sombre de l’échec. Toujours en cherchant la drôlerie du cocasse et en faisant la part belle à l’imagination, forcément réjouissante.

Au fil des huit nouvelles qui composent ce livre on assiste non sans tendresse aux pitoyables soubresauts des personnages en plein fiasco. Ils pensent se remettre en selle en déployant des stratagèmes aussi vains que désopilants. Pourtant, l’issue désastreuse (et forcément courue d’avance) leur permettra d’aller de l’avant. C’est bien cet aspect inattendu de l’existence, et l’humour qu’insuffle Lorrie Moore à ses histoires qui nous font passer un excellent moment en sa compagnie.

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