Littérature

Summer

Auteure : Monica Sabolo

Edition : JC Lattès

Prix : 19 €

 

Au bord du lac Léman tout n’est que quiétude et personne n’aurait l’idée saugrenue de faire vaciller le bel ordonnancement qui régit la vie de ses riverains helvètes. Chaque personnage s’efforce de coller à l’image que le voisin, l’ami, le parent attend de lui. Tous ? Lorsque Summer, la belle et (trop ?) lisse jeune fille disparaît, l’apparente transparence de ce monde se trouble. Le récit relaté vingt cinq ans plus tard par Benjamin (le frère cadet de Summer) attire inexorablement le lecteur vers les profondeurs poisseuses de l’âme humaine.

L’écriture juste et l’atmosphère inquiétante qu’imprime avec talent Monica Sabolo à son roman ne vous laissera pas le temps de reprendre votre respiration…

Genre: littérature

Les jours enfuis

Jay McInerney

Ed L’olivier

22.50 €

 

Autant le dire d’emblée : nous sommes heureux de nos retrouvailles avec les Calloway ! Il faut avouer qu’entre eux et nous c’est une longue et belle histoire qui nous lie. Nous avions fait la connaissance de Corinne et Russell en 1987… Nous avions alors « trente ans et des poussières ». Avec eux, nous prenions le pouls d’une ville, New York, et d’une génération dont l’ambition égale la force de son jeune âge. Nous nous étions retrouvés quelques années plus tard, juste après le chaos d’un matin de septembre 2001 (« La belle vie »). Dans ce nouvel opus, Corinne souffle les bougies de son demi-siècle. Nous sommes en 2008. Année charnière pour l’Amérique. La bataille pour l’investiture du parti démocrate bat son plein entre Hillary Clinton et un certain Barack Obama. Chacun des Calloway a son favori. Les banques implosent, les newyorkais tentent de donner le change. La maison d’édition de Russell est au bord de la faillite… Et puis Luke revient dans la vie de Corinne. Le couple Calloway va devoir faire face à tous ces courants contraires.

Jay McInerney a l’art de nous plonger dans l’intimité des personnages en même temps qu’il pointe tout en finesse les travers d’une société au bout du rouleau.  La nostalgie qui émane du titre n’efface pas totalement l’énergie vitale qui habite chacun des personnages. Avec un écrivain de cette trempe, la lecture se fait engouement. C’est à regret que l’on referme ce superbe roman, comme l’on quitte de vieux amis, avec un pincement au cœur.

Genre: littérature

La lumière parfaite

Marcello Fois

Ed Seuil

23 €

 

Avec l’écrivain sarde Marcello Fois, nous sommes coutumiers de ses récits sombres où les femmes et les hommes sont écrasés par le poids de l’ascendance  et des traditions. Avec ce nouveau roman flamboyant, l’auteur élargit sa palette pour donner à ses personnages un maximum de nuances. Mais les secrets du passé eux, continuent dans l’ombre d’innerver leur existence.

Le livre s’ouvre au début du XXIème siècle à Rome. Maddalena rend visite à son fils unique, Luigi Ippolito qui s’apprête à embrasser la prêtrise. Elle a une révélation à lui faire : son père n’est pas son père biologique. Retour en arrière, au mitan des années 80, en plein cœur de la Sardaigne. Deux familles installées sur l’île depuis des temps immémoriaux, les Guiso et les Chironi, y vivent en bonne harmonie ; entendez qu’elles font en sorte que leurs affaires financières et spéculatives n’entrent pas en conflit. La jeune génération incarnée par Cristian et Domenico grandi dans cet esprit. Mieux, les deux garçons se vouent une profonde et sincère amitié. Mais lorsqu’apparaît la jeune Maddalena les cartes sont rebattues et les sentiments amoureux inconciliables vont troubler en profondeur le destin des deux familles.

Si la dramaturgie mise en place par Marcello Fois est classique, l’auteur, grand maître des rebondissements, nous entraîne dans un récit hautement romanesque pour notre plus grand plaisir.

 

Genre: littérature

Des hommes sans femmes

Haruki Murakami

Ed Belfond

21 €

 

Ouvrir un livre de Haruki Murakami est toujours la promesse d’une lecture envoûtante. Qu’il s’agisse du roman fleuve « 1Q84 » ou du plus court « Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil », la magie opère. Cette fois-ci Murakami nous ravit avec un recueil de nouvelles. L’auteur dit apprécier l’écriture d’un tel genre littéraire car il s’agit pour lui d’un excellent moment de détente. Un peu comme un footing de « décrassage » après un marathon dont il est adepte. « Des hommes sans femmes » rassemble sept histoires courtes ; sept variations sur la solitude masculine après le départ plus ou moins soudain d’une femme. Au-delà des références littéraires (Hemingway, Kafka) et musicales (les Beatles, le Jazz) l’auteur explore, à sa manière bien reconnaissable, la banalité du quotidien qui verse dans une atmosphère étrange. L’errance (à pied, en voiture), la mélancolie, la solitude sont autant de thèmes abordés avec brio par le maître des émotions. Murakami parvient en quelques mots à nous faire approcher au plus près du gouffre au fond duquel sont précipités ses personnages. La magie littéraire de cet immense écrivain réside dans la description de cet équilibre précaire dans lequel il met ses lecteurs.

Genre: littérature

La nature exposée

Erri De Luca

Ed Gallimard

16.50 €

Le nouveau roman d’Erri De Luca raconte l’histoire d’un homme (sans nom tout comme les autres protagonistes) qui possède plus d’un point commun avec l’auteur transalpin. Le narrateur pratique l’alpinisme, aime la solitude des cimes et les sentiers escarpés qui se jouent des frontières humaines. Un jour, arrivent au village des hommes et des femmes fuyant les horreurs d’une terre exsangue pour une destination incertaine mais pleine de promesses, plus au nord. Certains villageois, dont le narrateur, proposent leur service moyennant rétribution financière pour les faire passer de l’autre côté du col. A la différence du boulanger et de l’aubergiste, il rend l’argent une fois le passage franchit. Mais son existence va basculer le jour où l’un de ces voyageurs raconte dans un livre son épopée clandestine et la beauté du geste du généreux passeur. La médiatisation qui s’en suit détourne les migrants de ce passage désormais surveillé par les autorités. Privés de cette manne, les villageois ostracisent le narrateur contraint à l’exil. Restaurateur de statues, il propose ses services au hasard de son voyage vers la côte jusqu’à sa rencontre avec un prêtre qui lui fait une proposition insolite : « Réparer » un crucifix grandeur nature. La réparation consiste à restituer l’œuvre originale, à savoir ôter le drapé qui recouvre les hanches du supplicié qui avait été rajouté pour cacher sa nature (entendez le sexe du Christ). Après de minutieuses recherches iconographiques et de surprenantes découvertes, le narrateur se rend à Naples. Ville nourricière, ville sacrée qui prend sa force non pas dans la beauté en surface mais des profondeurs telluriques. La pierre et le touché là encore, car c’est par le contact physique que le sculpteur éprouve une pleine empathie avec le corps du crucifié et ainsi va pouvoir mener à bien son travail, à moins que…

Erri De Luca excelle ici dans la confection de phrases qui durent le temps du souffle qu’il faut pour les dire. Ce beau roman aussi court que dense nous questionne sur notre capacité à faire preuve de compassion et de solidarité.

Genre: littérature

Merci pour l’invitation

Lorrie Moore

Editions de l’Olivier

21 €

Dans une vie de couple il y a des hauts et des bas. Lorrie Moore préfère explorer ces derniers. Remarquable nouvelliste, l’auteure américaine dit affectionner ce genre littéraire pour satisfaire à l’urgence quasi compulsive de l’écriture. Le résultat est très largement à la hauteur pour notre plus grand plaisir. Ce qui fait et défait un couple émet un écho bref et syncopé que Lorrie Moore capte avec beaucoup de justesse.

L’amour donc, dans tout ses états, à la périphérie des êtres, éclats miroitant les amants à la lutte. Mais sans céder au côté sombre de l’échec. Toujours en cherchant la drôlerie du cocasse et en faisant la part belle à l’imagination, forcément réjouissante.

Au fil des huit nouvelles qui composent ce livre on assiste non sans tendresse aux pitoyables soubresauts des personnages en plein fiasco. Ils pensent se remettre en selle en déployant des stratagèmes aussi vains que désopilants. Pourtant, l’issue désastreuse (et forcément courue d’avance) leur permettra d’aller de l’avant. C’est bien cet aspect inattendu de l’existence, et l’humour qu’insuffle Lorrie Moore à ses histoires qui nous font passer un excellent moment en sa compagnie.

Genre: littérature

Article 353 du code pénal

Tanguy Viel

Ed de minuit

Prix : 14.50€

 

De livre en livre, Tanguy Viel creuse le sillon de la bonne littérature. Du « roman de province » (Paris-Brest) au « roman américain » (La disparition de Jim Sullivan) Viel ne cesse pas de nous surprendre. On le retrouve toujours avec la même envie et beaucoup de plaisir ; c’est encore le cas ici. L’auteur nous embarque cette fois-ci dans un « roman policier ». Evidemment ce genre littéraire n’est qu’un prétexte pour explorer les zones grises de notre société.

Lors d’une partie de pêche, Martial Kermeur se débarrasse de façon radicale de son « ami » Lazenec. Rapidement Kermeur est interpellé et présenté au juge d’instruction. Désormais délesté d’un poids, il ne se fera pas prier pour dévider la bobine du film de sa vie.

La mécanique littéraire de Viel est bien en place, d’une précision impitoyable. Dès les premières phrases, le lecteur est captivé. Le récit de Kermeur à la première personne n’y est pas étranger. C’est à nous qu’il s’adresse, et ce qu’il nous raconte nous est familier. Son histoire pourrait très bien être la notre, celle d’un proche ou d’un voisin. Une existence qui commence bien en ce début des années 80 : un  travail intéressant, un mariage heureux, la naissance d’un enfant ; et puis cette vie qui se gâte au fil des décennies : divorce, chômage, déprime ; enfin un déclic inopiné, une petite lumière au bout du tunnel avec l’arrivée du flamboyant Lazenec, promoteur-escroc…

Ce roman faussement policier est en fait un vrai roman social. Tanguy Viel explore brillamment toutes les variantes de l’injustice. Il nous régale de son écriture juste tout en nous tendant un miroir dont le reflet nous fait frémir !…

Genre: littérature

Le garçon

Le Garçon

Marcus Malte

Zulma

23.50 €

 

 

LE roman de la rentrée qui nous rempli de joie, celle toute simple de s’abandonner et de se laisser transporter par la puissance d’un récit maîtrisé de bout en bout. Marcus Malte assouvit notre appétit de lecture. Il signe selon moi son roman le plus abouti. Tout s’y conjugue pour en faire un évènement marquant des semaines littéraires à venir !

J’ai hâte de pouvoir en parler avec lui et avec vous chers lecteurs du Carré des mots lors de sa visite en nos murs le 16 septembre prochain…

D’ici là ne boudez pas votre plaisir : courrez acheter Le Garçon et partez sur les routes à ses côtés. Vous ne le regretterez pas !

Genre: littérature

Maiko : journal d’une apprentie geisha

Auteur :Koyoshi de Kyoto

Édition : Philippe Picquier traduction Chika Odaka-Pochard

Prix : 16.50 €

Nous ne savons pas vraiment ce qu’est une geisha et même s’il y en a encore au Japon, la profession a beaucoup évolué ! En effet dans notre esprit le terme de Geisha prête à confusion : sont-elles des courtisanes ? Non, même si par le passé la nuance n’a pas toujours été très claire, ce sont des artistes très respectées qui excellent dans l’art de la danse, de la musique et d’autres arts raffinés… pour distraire les très riches japonais.

Ce livre, à la première personne, explique comment une jeune fille d’aujourd’hui, Koyoshi, une jeune Maïko (nom donné aux apprenties geisha), a choisi d’exercer ce métier très ancien et si difficile car tout est dans la nuance et demande un lourd apprentissage et un investissement de chaque instant. Tout est minutieusement codé pour obtenir de ces jeunes filles une « sophistication naturelle », deux termes qui nous semblent opposés et qui en fait démontrent à quel point c’est complexe !

Le livre se lit très facilement, nous avons l’impression que Koyoshi est à nos côtés et nous raconte sa vie ! Les photos sont magnifiques et donnent envie d’aller faire un tour dans le vieux quartier de Gion à Kyoto pour la rencontrer !

Merci aux Editions Picquier de l’avoir édité : c’est aussi cela le Japon : on est loin des Mangas…

Genre: littérature

Candide et lubrique

Adam Thirlwell

Ed L’olivier

23 €

 

Adam Thirlwell signe là un roman qui présente un miroir sans concession à ses contemporains : Nous vivons dans un monde de plus en plus moralisateur qui insuffle sans y avoir l’air un sentiment de culpabilité. Et pourtant cette jeune génération qu’il dépeint (le personnage comme l’auteur tapent la  trentaine) reste marquée par un esprit candide. Le héros-loser du nouvel opus du trublion des lettres anglaises est pétri de contradictions. En même temps que la réalité lui échappe, il se targue d’écrire son propre récit, d’agir en pleine conscience. Le dispositif narratif est identique aux deux précédents romans de thirlwell. Le temps s’étire sans fin pour y inscrire un carambolage de digressions. Espace que l’auteur met à profit pour développer ses thèmes favoris : la sexualité, l’utopie, l’innocence et par-dessus tout la morale et le mensonge. Ce collage de pensées donne le tournis au lecteur, parfaitement mis en condition pour expérimenter de l’intérieur le vertige qui s’empare du narrateur.

Un tour de force littéraire magistralement exécuté de bout en bout et qui nous laisse, une fois le livre refermé, sonné, au bord du gouffre. Un très très bon roman qui donne envie de lire (si ce n’est pas déjà fait) les deux précédents titres tout aussi vifs, drôles et intelligents (« Politique » et « L’évasion » éditions Points).

Genre: littérature

Le dernier pénalty – Histoire de football et de guerre

Gigi Riva

Edition Seuil

15 €

 

Les jours qui viennent nous promettent une déferlante de ballons ronds. Pour rester dans l’ambiance voici le livre qu’il faut lire pendant que votre voisine (ou voisin) de canapé éructe devant le petit écran !

Aux plus anciens, le nom de Gigi Riva évoquera sans doute les grands moments de la squadra azzura (traduction pour les autres : l’équipe nationale de football d’Italie…) et son attaquant phénoménal, Luigi Riva dit Gigi Riva. Si l’écrivain éponyme qui signe ce « Dernier pénalty » littéraire est passé par les terrains (il fut gardien de but et finaliste dans la coupe d’Italie des jeunes) on retiendra ici son talent d’écrivain. Ancien reporter ayant couvert la guerre des Balkans dans les années 90, il occupe aujourd’hui le prestigieux poste de rédacteur en chef dans l’hebdomadaire italien L’Espresso.

Gigi Riva met sa connaissance et son talent littéraire au service d’un récit poignant qui nous replonge dans le chaos yougoslave. Le point de départ (une partie de foot) paraît dérisoire par rapport à l’ultime catastrophe européenne d’un XXème siècle finissant. Lors du quart de finale de la coupe du monde de football qui se déroule à Florence en 1990, l’équipe de Yougoslavie affronte l’armada argentine, avec Maradona à sa tête. Au coup de sifflet final le score est nul. La séance mortifère des tirs au but se conclut par un raté du bosniaque Faruk Hadzibegic. La Yougoslavie quitte la compétition, comme elle quittera quelques mois plus tard l’Histoire lorsque la Fédération socialiste vole en éclats dans le sang. L’auteur échafaude alors une hypothèse : « Et si Faruk avait marqué son pénalty ? »…

Avec des mots justes et sensibles, parfois aussi avec humour, G. Riva revient sur les évènements dramatiques qui ont ébranlés l’Europe. On retrouve les acteurs de la petite histoire (Faruk héros malheureux, Susic, Savicevic, Stojkovic) et ceux de la Grande (Rodovan Karadzic, Franjo Tudjman ou le monstre mafieux Arkan…). Le talent de l’auteur réside dans son sens de la hiérarchie des évènements. C’est là toute la force de ce texte : Faire d’une action de match le levier pour remettre de l’humanité là où la haine avait tout balayer.

Vive le foot !

Genre: littérature

American pandemonium

Benjamin Hoffmann

Ed Gallimard, « L’arpenteur »

23.50 €

 

American Pandemonium est le quatrième roman de Benjamin Hoffmann. En fait, le quatrième et demi… Car la gestation de ce nouveau livre s’est faite en deux étapes. Une première version intitulée « American landing » fut achevée en… 2013. Insatisfait après la lecture des épreuves, Hoffmann renonce à sa publication. Deux ans et demi plus tard, le titre à changer, quelques mots ont été retouchés, un chapitre remanié. Apparemment rien d’impressionnant. Pourtant un glissement s’est opéré entre les deux « romans » : celui que nous avons entre les mains aujourd’hui lorgne nettement vers le récit mythique et fantastique, dans la veine apocalyptique d’un « Sur la route » de Cormac Mc Carty.

Les deux personnages, Marc et Colin, prennent la route suite au déclenchement d’un troisième conflit mondial qui n’épargne pas leur pays, les Etats-Unis. En fuite à travers une Amérique dévastée, les deux protagonistes vont rebondir de charybde en Scylla dans un véritable enfer. Bien sûr, le grand intérêt de ce roman va au-delà de l’apparente trame digne d’une (bonne) série tv ou d’un (bon) jeu vidéo. L’essentiel se trouve dans le grand mensonge qui sous-tend tous les intervenants, médias, politiciens, jusqu’au récit qu’on est en train de lire et qui se dérobe sous nos yeux…

L’auteur nous mène au bord du chaos, et s’est en toute confiance qu’on fait le grand sot !

Genre: littérature

Peleliu

Auteur : Jean Rolin

Edition : P.O.L

Prix : 14 €

 

Qui connait Peleliu ? Un confetti parmi les milliers qui constituent l’archipel du Japon. Un  éclat de terre incurvée et long de dix kilomètres. Sept cents habitants quand la saison touristique bat son plein (les fonds marins sont un spot réputé pour les amateurs de plongée sous-marine). Voilà pour la géographie. Au chapitre historique, là encore, pas de quoi occuper une grande place dans les manuels scolaires. Et pourtant… Durant trois mois, fin 1944, une bataille meurtrière s’y déroula entre les forces nippones et un contingent américains.

Le nouveau livre de Jean Rolin revient sur ce passé tragique, épiphénomène dans le grand massacre de jeunes gens que fut la guerre du Pacifique. L’auteur y retourne… à bicyclette ! Car c’est en se promenant sur ces pistes plus ou moins praticables que l’écrivain-reporter nous livre ses impressions. Il à l’art de nous faire voyager dans l’Histoire ; il a les mots pour évoquer, les petites histoires aussi. Oui, Jean Rolin possède un regard et une plume. Ces deux qualités essentielles pour tout écrivain sont ici à l’œuvre pour notre plus grand bonheur. L’auteur saisit l’anecdote qui fait sens. Son  écriture se déploie toute en ondulations méditatives.

Peleliu l’oubliée, l’effacée, revit le temps d’une balade à la fois drôle et érudite, un brin mélancolique, toujours très juste.

Genre: littérature

Envoyée spéciale

Auteur : Jean Echenoz

Edition : Editions de Minuit

Prix : 18.50 €

 

Nous attendons chaque nouveau livre de Jean Echenoz avec beaucoup d’excitation. Son « Envoyée spéciale » ne déroge pas à la règle. Autant le dire d’emblée : notre attente est comblée, c’est un régal, c’est drôle et brillant !

L’histoire oscille entre parodie de roman d’aventure et pastiche de roman d’espionnage. L’intrigue, fort habilement troussée, déploie une galerie de personnages tous plus loufoques les uns que les autres; on rit à tous les coups pendables dont ils ne sont pas avare. En génial chef d’orchestre, le facétieux Echenoz mène tout ce petit monde sans fausses notes. Le rythme effréné imprimé au récit tient le lecteur en haleine, le bouscule sans ménagements. On voyage de Paris à Pyongyang, de la Creuse au Zimbabwe, on suit un personnage, un autre, c’est fou, fou, fou, et on en redemande !

Porté par un style remarquable, le nouveau roman de Jean Echenoz est tout simplement excellent !

Genre: littérature

Zone d’intérêt

Auteur : Martin Amis

Edition : Calmann-Levy

Prix : 21.50 €

Septembre 2015

 

Disons-le d’emblée : On aime ce livre et on le défend non pas pour la polémique qui entoure sa sortie mais parce qu’il s’agit d’un excellent roman de cette rentrée littéraire 2015. Bien sûr, il a été refusé par ses éditeurs historiques ; bien sûr, Martin Amis traine la réputation (pas totalement usurpée) d’auteur politiquement incorrect ; bien sûr, raconter une histoire d’amour à l’ombre des chambres à gaz suscite LA question – peut-on écrire la shoah en dehors des témoignages de celles et ceux qui en ont été victimes ? Un livre (également remarquable et puissant) avait soulevé pareille indignation. Il s’agit du roman de Jonathan Littell « Les bienveillantes ». Chez le français, le lecteur était d’une certaine façon pris au piège du « héros » narrateur-acteur embourbé (au sens figuré comme au sens propre) dans l’horreur de l’extermination des juifs. Chez Amis, le lecteur ne suit pas l’impensable entrain d’arriver. Le ton froid et tout refus démonstratif accentuent la distance d’avec le récit en nous épargnant d’une certaine manière. Le cœur du sujet n’en demeure pas moins troublant. Comment imaginer en effet ces hommes et ces femmes aux commandes d’un camp de la mort en train d’aimer et de rire, de vivre tout bonnement ? On entend, sidéré, les voix de trois d’entre eux. Ce marivaudage en pleine zone d’intérêt (les nazis désignaient ainsi le camp d’Auschwitz) explore la brutalité de personnages imperméables à la barbarie.

Cet incroyable roman jette une lumière glacée sur la banalité de l’horreur orchestrée par des gens ordinaires. Martin Amis, en véritable styliste, use ici admirablement de la satire pour épingler la folie humaine.

Un mot enfin pour saluer la belle traduction de Bernard Turle (*) qui a su restituer l’écriture elliptique et tout en demi-teinte de l’auteur.

(*) Traducteur d’André Brink, auteur en 2014 de « Autopsie d’une inquiétude »

Genre: littérature

Il était une ville

Auteur : Thomas B. Reverdy

Edition : Flammarion

Prix : 19 €

Septembre 2015

 

 

Thomas Reverdy a pris l’habitude de nous faire voyager. En 2003, son roman « Les évaporés » nous conduisait dans l’archipel japonais à la recherche d’un homme en fuite. Avec « Il était une ville » il nous convie à une visite effrayante de Détroit. Là encore, il est question de disparitions. Celle d’une ville d’abord. Capitale américaine de l’industrie automobile, Détroit est douloureusement impactée par la crise des subprimes en 2008. Les usines sont délocalisées, l’économie plonge, les ménages surendettés abandonnent leur maison qu’ils ne sont plus en mesure de rembourser. Ecoles fermées, services publics exsangues, faillite généralisée. Peu à peu la ville se vide de sa population laissant la place aux mauvaises herbes et aux animaux sauvages. Une boutade circule entre les habitants restants : Le dernier qui quitte la ville éteint la lumière ! Autre disparitions inquiétantes, celle de dizaine d’enfants déscolarisés et livrés à eux-mêmes. Les rues désertes, les immeubles creux et les villas fantômes sont pour eux un terrain de jeu à haut risque.

Au milieu de ce chaos, Th. B. Reverdy entremêle la vie de ses personnages qu’il sait rendre attachants. Il y a l’inspecteur Brown, en quête de sens ; Charlie et ses copains, gamins perdus ; Gloria, grand-mère courage ; Candice, serveuse au rêve brisé ; et Eugène, ingénieur français parachuté dans cette ville en putréfaction pour y ouvrir… une nouvelle usine.

On est fasciné par la beauté de ces ruines. On est stupéfait de réaliser que ce monde englouti est celui dans lequel nous vivons. L’écriture juste et sensible de Thomas Reverdy nous donne à voir la lente agonie d’une ville américaine, parabole glaçante de notre civilisation au bord du gouffre.

Genre: littérature

Le parcours du combattant

Michael Malone

Editions Sonatine

Prix 23 €

 

Nombreux sont les lecteurs qui passent la porte de la librairie en quête d’un livre qui fait rire tout en étant « bien écrit ». Le libraire n’a malheureusement pas l’embarra du choix. Heureusement, lorsqu’un nouveau roman du tonneau de « La conjuration des imbéciles » paraît, il n’y a plus à tergiverser… « Le parcours du combattant » de Michael Malone rejoint sans conteste la (trop) courte liste de ces romans roboratifs et bourrés d’humour. Remercions donc les éditions Sonatine pour la traduction de cet inédit désormais incontournable.

Raleigh Whittier Hayes, le héros de ce road-movie truculent, n’a pourtant rien d’un joyeux drille. Le roman débute lorsqu’il prend sa retraite d’agent d’assurance. Métier qu’il pratiqua avec rigueur, sérieux et raison.

Sa nouvelle vie de retraité a elle aussi été soigneusement planifiée. Mais elle va voler en éclats le jour où son père s’enfuit de l’hôpital… Il conditionne son retour à une série d’épreuves toutes plus absurdes les unes que les autres auxquelles le malchanceux Raleigh doit se plier.

Pour notre plus grand bonheur, notre héros pragmatique reste fidèle à son précepte de vie : obéir aux consignes paternelles (même les plus déraisonnables). S’en suit une cavalcade entrecoupée de rencontres aussi hilarantes que loufoques et qui arrache au lecteur de grands éclats de rire ! Au passage, Michael Malone dresse une belle satire de la classe moyenne américaine (culte de l’argent, hypocrisie, religion, adultère, racisme).

Vous avez bien fait de franchir le seuil de la librairie ! Vous tenez désormais entre vos mains un énorme concentré de bonne humeur !

Genre: littérature

Les intéressants

Meg Wolitzer

Ed Rue Fromentin

Prix 23 €

 

Avec cette épaisse saga sur l’amitié, Meg Wolitzer nous dépeint une fresque vivante et nostalgique d’un groupe de jeunes américains au mitan des années 70. Ce dixième roman de l’auteure de « La position » nous captive de bout en bout grâce à la profondeur de chaque personnage.

C’est durant l’été 1974 que le cercle d’amis se constitue ; il y a Ethan, le surdoué, Goodman et sa sœur Ash, newyorkais bien nés, Jonah, fils d’une célèbre chanteuse folk, Cathy, passionnée de danse et Julie, l’indécise et la narratrice. Ce joyeux groupe d’ados se baptise « les intéressants » ; preuve que rien ne les effraie, et certainement pas l’avenir.

Le récit de Meg Wolitzer s’étale sur quarante années. Pour notre plus grand plaisir, elle n’opte pas pour une trame pauvrement chronologique. La narration, pleine de surprises, saute d’une époque à l’autre, s’attarde sur les petits évènements de l’existence comme sur ceux plus marquants. On verra ainsi que l’éden du début de leur rencontre sera ébranlé par les drames, et que la vie n’est pas forcément aussi trépidante qu’ils l’espéraient.

La finesse psychologique mise en œuvre dans ce roman captivant nous éclaire sur les liens puissants de l’amitié. La voix de Julie permet à la romancière de se poster à bonne distance de ses personnages. Son  humour corrosif et une construction en forme de puzzle rendent la lecture de ce livre palpitante.

Genre: littérature

Le géant enfoui


Auteur : Kazuo Ishiguro

Ed. des 2 terres

Prix : 23 €

 

L’auteur du mémorable « Auprès de moi toujours » revient sur les thèmes shakespeariens qu’il affectionne : mémoire et oubli ; confiance et haine ; vengeance et justice.

Avec ce nouveau roman, K. Ishiguro nous plonge dans les terres brumeuses, hantées par les ogres et les dragons. On suit les aventures d’Axl et Béatrice, un couple amoureux qui a su résister aux assauts du temps. Ils décident de partir à la recherche de leur fils qu’ils ont perdu de vue depuis de nombreuses années. Ce voyage, métaphore inspirée, est l’occasion pour Ishiguro de revisiter la geste médiévale, et de repasser par le chemin des grandes légendes arthuriennes.

Une mythologie poétique et baignée de mystère qui, pour autant, dialogue avec le monde actuel. C’est aussi cela l’intérêt de cette très belle histoire. Car la force narratrice à l’œuvre ici, renvois le lecteur à des réflexions plus que jamais d’actualité : le devoir de transmission, l’amour à l’épreuve du temps.

Aux côtés de Béatrice et d’Axl, nous apprenons aussi bien à colmater la mémoire qui s’étiole qu’à manier l’épée. Ce mélange des genres est d’une grande originalité et nous surprend à chaque page.

Une lecture envoûtante et passionnante.

Genre: littérature

La théorie de la tartine

theorie tartineAuteur : Titiou Lecoq

Edition : Au diable Vauvert

Prix : 22 €

 

 

 

Quel plaisir de lire ce roman, écrit avec justesse et humour, dans un style alerte qui ne se prend pas au sérieux… Le thème, internet et ses dérives, est traité à travers l’histoire de 3 personnages que rien ne devait rapprocher : Marianne, une jeune femme libérée, Paul, un geek de 19 ans surdoué en informatique, en pleine crise d’adolescence et Christophe, un journaliste qui vient de créer Vox, un journal numérique. L’histoire est narrée en deux temps : 2006 Marianne découvre avec stupeur que son ex-copain, pour se venger de leur rupture, a mis leurs ébats sexuels en ligne sur un site porno. Paul et Christophe essaient de l’aider à se sortir de ce pétrin… La deuxième partie, neuf ans plus tard, semble un peu surajoutée mais nous permet de voir comment ont évolué les 3 personnages et internet…

Genre: littérature

Premier amour

premier maour oastesAuteur : Joyce Carol Oates

Edition : Philippe Rey

Prix : 7.50 €

 

 

 

Titre, couverture et sous titre (conte gothique) sont trompeurs car ils laissent présager une histoire douce… En fait, c’est une histoire terrible : une enfant de 11 ans passe l’été chez sa grand-tante et observe, fascinée, Jared, 25 ans, son cousin, étudiant en théologie. Sa mère se soucie peu d’elle et, abandonnée de tous, elle tombe sous l’influence de Jared et se laisse maltraitée sexuellement et pire encore ! Le style de Joyce Carol Oates, l’écriture à la première personne et la façon dont l’auteure traite le sujet, sans jugement, rendent la lecture de ce court texte (presque une nouvelle) très angoissante…

Genre: littérature

Les fantômes voyageurs

Auteur : Tom Drury

Edition : Cambourakis

Prix : 20 €

 

Si vous souhaitez passer une bonne soirée, lisez le nouveau roman de Tom Drury. Vous ne serez pas déçu. Très vite les paysages familiers du midwest vont s’étaler sous vos yeux. Champs de maïs à perte de vue, relais routier esseulé sur un ruban de bitume, fermes en bois, carcasses de Dodge englouties par les hautes herbes, poules traversant un chemin poussiéreux… Les Darling vivent là. Le père, Charles, plombier ; la mère, Joan, directrice d’une société de protection des animaux, la fille, Lyris, abandonnée à la naissance ; le fiston, Micah, avide de réponses existentielles. Chacun suit le cours de sa vie que rien ne semble perturber, en surface seulement. Car Tom Drury, par petites touches, débusque les violences tues. Il nous fait toucher du doigt cette sensation que l’Amérique (et tout particulièrement cette Amérique profonde) est en train de vaciller sur ses pieds d’argile. Avec maestria, et tout en sobriété, il nous livre un chapelet d’indices (en évitant le sensationnel) sur le mal être qui ronge les habitants du grand Ouest américain. Joan, personnage emblématique de cette fêlure se trouve à la croisée de ce qui fait l’essence de ce vaste et complexe pays : la possibilité de prendre son destin en main, de saisir l’opportunité de donner forme à sa vie.

Deuxième volet d’une trilogie commencée il y a vingt ans, Tom Trury poursuit à son rythme sa grande fresque sociale.

Genre: littérature

Vernon Subutex

Auteure : Virginie Despentes

Edition : Grasset

Prix : 19.90 €

Virginie Despentes, on aime ou on n’aime pas… Tant pis pour les seconds ! Les autres se laisseront volontiers embarqués dans le tourbillon de personnages déglingués qui nous laissera groggy à la fin. Une fin qui n’en est pas vraiment une puisque le chiffre 1 figure sur la couverture. La sortie du livre 2 est annoncée pour le 6 mai 2015. Vernon Subutex est le titre éponyme du « héros » du nouveau roman de Despentes. Notez les guillemets car à part son nom, le bonhomme n’a rien d’exceptionnel. Là réside une des forces de ce livre. Tous les protagonistes nous sont familiers. Trop. Un voisin, un membre de la famille, un ancien camarade, nous-mêmes ?….

Lorsque nous cueillons Vernon, il a déjà commencé sa chute inexorable. Il n’a que quelques minutes pour rassembler ses affaires (toute sa vie tient dans un sac à dos) et quitter son appartement sous l’injonction d’un huissier. Avant l’étape ultime, la rue, il débarque successivement chez ses ex puis chez ses anciens amis. Avec ses beaux yeux, le charme opère encore un peu même si son fragile bobard (il dit débarquer du Canada) ne dupe pas grand monde. Au fil de ses déambulations on va croiser les anciens membres d’un groupe de rock (Subutex était disquaire, avant tout ça), des agents artistiques, des trans, des lesbiennes, des fachos, des clodos, des fantômes…

Grace à son écriture coup de poing (dont Virginie Despentes est coutumière), la comédie humaine qu’elle nous dépeint nous renvoie à notre propre existence, aux doutes et aux peurs qui la peuplent.

C’est direct et cruel, ça tape dans le mille et ça sonne juste et c’est rudement bon en ces temps de tiédeur !!

Genre: littérature

A l’orée de la nuit

Auteur : Charles Frazier

Edition : Grasset

Prix : 20.90 €

 

Lorsque l’on débute la lecture d’un roman de Charles Frazier, on est certain de deux choses : un, on va prendre un sacré bol d’air ; deux, ses personnages vont nous bouleverser en profondeur.

L’auteur américain, trop rare, n’a pas son pareil pour dépeindre les vastes étendues des paysages de l’Amérique de l’Ouest. Les femmes et les hommes qui les peuplent ont un caractère bien trempé. Les lecteurs du très fameux « Retour à Cold Montain » voient de quoi il en retourne ! Ils ne seront pas déçus par ce nouveau titre. Les autres doivent s’attendre à une claque… Vous voilà prévenus !

Dans ce roman époustouflant Ch. Frazier nous propulse au cœur d’un drame familial. L’action se déroule au milieu des années soixante quelque part dans l’immensité de la région des Appalaches. Luce, une jeune femme déterminée, y vit seule, jusqu’au jour où on lui confie la garde de ses neveux, des jumeaux dont la mère vient d’être assassinée par un certain Bud, le beau père des jeunes garçons. Ils ont assistés au meurtre et depuis se sont réfugiés dans un mutisme inquiétant. Mais Luce ne se décourage pas. D’autant que le nouveau propriétaire des terres sur lesquelles vit le trio familial, fait la cours à Luce qui ne reste pas insensible à ses avances. Alors que chacun semble trouver un équilibre dans cette nouvelle relation, Bud, blanchit du meurtre de sa femme, revient roder autour des jumeaux, persuadé qu’ils lui ont dérobé un magot…

On pense au terrifiant « Nuit du chasseur ». La lecture du roman de Frazier nous hante longtemps après que l’on ait refermé son livre… Grandiose et implacable.

Genre: littérature

Si le rôle de la mer est de faire des vagues…

Auteur : Kim Yeon-su

Edition : Philippe Picquier

Prix : 19.50 €

 

Voici un roman qui nous transporte sur la crête d’une vague. Une écriture tout en finesse, qui décrit la fragilité des êtres et leur équilibre précaire. Un livre qui évoque également les existences qui bifurquent pour un rien. Camilla, la jeune héroïne de ce roman reçoit le jour de ses 21 ans six cartons. Ils sont bien lourds, au sens figuré comme au sens propre… Car Camilla la jeune coréenne a été adoptée peu après sa naissance par une famille américaine. Dans ces cartons elle trouve un tas d’objets hétéroclites qui lui apporte plus d’interrogations que de réponses. Une photographie va l’intriguer plus que tout : elle représente une jeune fille souriant à l’objectif et tenant un bébé dans ses bras. Elle apprend qu’il s’agit de sa vraie mère. Camilla retourne sur les traces effacées de son passé, dans cette petite ville côtière d’une Corée inconnue d’elle. Qui était cette jeune mère d’à peine 16 ans ? Pourquoi tant de secrets autour d’elle ? Pourquoi ce mystère sur l’identité de son père ?

Au fil de son voyage, la quête de ses origines va peu à peu lever le voile sur une existence étrangère et familière à la fois. Paradoxalement, c’est de cette ambiguïté que Camilla va combler les vides de son histoire. Beaucoup d’émotion dans la lecture de ce beau roman, bouleversant, riche et mystérieux.

Genre: littérature

L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage

Auteur : Haruki Murakami

Edition : Belfond

Tsukuru Tazaki, 36 ans,  raconte à Sara dont il est très amoureux le drame de sa vie : à Nagoya, ils étaient une bande d’amis très soudés depuis le lycée, deux filles, et trois garçons dont, lui, Tsukuru le seul dont le prénom japonais n’énonce pas une couleur… Un jour Tsukuru rentre de Tokyo ou il fait des études d’ingénierie ferroviaire, sa passion, ses amis lui annoncent sans explication qu’ils ne veulent plus jamais le voir, désespéré, au bord du suicide, il ne cherche toutefois pas à savoir pourquoi. Sara pense qu’après dix sept années à remâcher cette douleur, il doit apprendre enfin le sens de cette histoire, elle le pousse à retrouver ses amis pour savoir enfin ce qu’il s’est passé, c’est à cette condition qu’elle acceptera de faire sa vie avec lui…

Comme d’habitude nous sommes pris par le charme des histoires de Murakami, ses personnages qui vont, viennent et disparaissent… Nous prenons le risque de la frustration : les questions apporteront-elles des réponses ou pas… Tsukuru est-il aussi incolore qu’il le pense…

Genre: littérature

L’île du point Némo

Auteur : Jean-Marie Blas de Roblès

Edition : Zulma

22.50 €

 

Le nouveau roman de Blas de Roblès ravira les amateurs de littérature populaire.

L’histoire menée à un train d’enfer propulse le lecteur dans les pas du dandy Martial Canterel lui-même lancé à la poursuite d’un fabuleux diamant dérobé par l’insaisissable Enjambeur Nô. Il est assisté dans sa tâche par des personnages hauts en couleur qui ne laissent jamais indifférent.  Du Périgord noir aux Caraïbes, la plume de Blas De Roblès s’avère d’une liberté absolue. On se laisse griser par tant d’inventivité qu’une construction génialement pensée et écrite sert magnifiquement. Sans conteste nous tenons là un roman total.

Une aventure littéraire jubilatoire à ne rater sous aucun prétexte !

Genre: littérature

Fannie et Freddie

Auteur : Marcus Malte

Edition : Zulma

15.50 €

 

Depuis le beau succès de « Garden of Love », Marcus Malte regarde le monde depuis son repère seynois. De livre en livre il visite l’étendue des  territoires contrariés de l’âme humaine. Ses textes oscillent entre violence et tendresse. Ce roman n’échappe pas à la règle et l’on ne peut que s’en réjouir. Marcus Malte retrouve son style percutant, d’une justesse redoutable. Il dépeint d’une froide précision un monde d’une tranquille inhumanité.

L’auteur nous embarque à New York en pleine crise des subprimes. Nous suivons une jeune femme, Fannie, dans sa marche implacable vers une vengeance à couper le souffle. On pénètre au cœur de la folie, de celle qui dévaste tout sur son passage.

Une lecture choc, traversée de sensations qui restent en nous longtemps après que l’on ait refermé le livre.

Genre: littérature

Cataract city

Auteur : Craig Davidson

Edition : Albin Michel

22.90 €

Craig Davidson est connu des cinéphiles » pour être l’auteur d’un livre adapté à l’écran par Jacques Audiard : « un goût de rouille et d’os ».

Avec Cataract City, nous voilà à nouveau précipités dans un univers littéraire qui irrigue le corps, le cœur et l’âme des hommes. Cette ville laborieuse au surnom étrange et troublant abrite une population sans grand avenir. Les deux héros du roman (deux copains d’enfance) se sont promis de quitter ce coin à la frontière canadienne. Mais le terrible secret qui les enchaîne pèse sur leur destin. Se laisser envoûter par cette histoire c’est accepter d’être guidé par la minutieuse analyse des rapports entre les hommes.

Craig Davidson éclaire au fil du récit un décorum brumeux d’une lumière magnétique. Le lecteur est attrapé dès les premières lignes dans les rets d’une intrigue sans bavures ni fausses notes. Ouvrir ce livre est une expérience sensorielle inoubliable !

Genre: littérature

Price

Auteur : Steve Tesich

Ed : Monsieur Toussaint Louverture

21.90 €

Celles et ceux qui avaient avalé « cul sec » Karro de Steve Tesich vont se précipiter sur cet autre titre du même auteur : Price. Les autres pourront se rattraper en découvrant ce roman écrit avant Karro et profiter de la sortie poche de ce dernier. Dans ce très émouvant roman d’apprentissage nous faisons la connaissance du jeune Daniel Price. L’adolescent un peu perdu dans sa vie va connaitre les affres du passage à l’âge adulte le temps d’un été. Nous plongeons dans son quotidien banal soudainement perturbé par une rencontre amoureuse. S. Tesich restitue de façon troublante les émotions, illusions et désillusions qui vont bouleverser le destin de son personnage.

Roman initiatique donc, qui nous entraîne dans les abysses et les remous de l’âme humaine, là où l’égoïsme règne en maître… Steve Tesich possède ce rare talent d’apporter à une histoire qui peu sembler éculée une dimension pathétique particulièrement drôle.

Décidément, les éditions Monsieur Toussaint Louverture continuent de nous combler autan dans la forme que dans le fond ! La parution de ce grand roman attachant en est la preuve !

Genre: littérature

Une putain de catastrophe

Auteur : David Carkeet

Prix : 20.90 €

Edition : Monsieur Toussaint Louverture

 

Les éditions Monsieur Toussaint Louverture ont eu l’excellente idée de traduire l’année dernière le premier roman de David Carkeet « Le linguiste était presque parfais ». Du coup, 20 000 lecteurs français on connu le bonheur de rire des frasques de son héros Jeremy Cook.

Rassurez-vous, il n’est pas nécessaire d’avoir lu ce premier opus pour se ruer sur la livraison 2014. On retrouve Jeremy Cook, linguiste de formation, fraîchement recruté par une agence matrimoniale spécialisée dans le conseil conjugal. Lui, l’éternel célibataire pas trop à l’aise dans ses baskets, débarque chez les Wilson, une famille middle class au bord de l’implosion. « Une putain de catastrophe » assume pleinement son titre. La satire de Carkeet fait mouche quand elle s’attaque (toujours avec humour et drôlerie) à la cohorte des spécialistes et thérapeutes en tout genre.

Dans la droite ligne des romans humoristiques anglo-saxons, le lecteur saute de répliques gaguesques en situations désopilantes. Au final, la lecture de ce roman épatant n’est pas une catastrophe pour tout le monde !

Genre: littérature

Le liseur du 6h27

Auteur : Jean-Paul Didierlaurent

Prix : 16 €

Edition : Au diable vauvert

 

Voilà qui n’est pas banal. un livre dont le personnage principal a pour tâche quotidienne le pilotage d’une machine qui détruit des livres… Cette critique, lecteur incrédule, t’invite à faire la connaissance du pilon. Car il faut que tu le saches, lecteur papillonnant entre les tables de ta librairie préférée, le livre que tu boudes (allez ! Je sais, tu ne peux pas tout lire et déjà ta présence en ce lieu t’honore) oui ce livre-ci qui finit par se couvrir d’une fine pellicule de poussière, finira par être renvoyer. A qui ? Où ça ? Et que va-t-il devenir, au fait ?

La réponse, heureux lecteur qui a porté ton choix sur Le liseur du 6h27, tu la trouveras dans ce roman frais et léger comme un conte des temps modernes.

Genre: littérature

Une peine capitale

couverture livre

Edition : Flammarion

Prix : 15 €

 

Un livre qui fait froid dans le dos. Ce deuxième roman de Christian Astolfi ne laisse pas indifférent. Grâce à une écriture qui emprunte autant au roman réaliste qu’à la magie du conte, l’auteur nous entraîne dans l’histoire bouleversante du jeune Paulo, fils du dernier bourreau de la République.

Les personnages (complices malgré eux de l’horreur) incarnent jusque dans leur chair l’inhumanité de la peine capitale. Christian Astolfi parvient à glisser le lecteur dans son regard sans concession.

Genre: littérature

Faillir être flingué

couverture livre

Editeur : Rivages

Prix : 20€

Le Far west de Céline Minard est un espace imaginaire, une prairie infinie à parcourir et à lire bride abattue ! Un roman où souffle l’aventure de chevauchées fougueuses en rebondissements désopilants. Un livre qui se lit en cinémascope !

Genre: littérature

L’atelier des miracles

Editions : Lattès

Prix : 17€

Livre de plage… le trait est forcé, les ficelles un peu grosses, on passe cependant un moment agréable… trois personnages : une jeune fille qui a un lourd secret, un sdf et une bourgeoise malheureuse se retrouve dans une association d’entraide…

Genre: littérature

Tsukushi

Editions : Leméac / Actes sud

Prix : 14,50€

Quatrième volet du second cycle romanesque de l’auteur  montréalaise d’origine japonaise Aki Shimazaki. Toujours des  personnages autour de la compagnie d’import-export Goshima.

L’existence de Yûko, son mari Takashi Sumida et leur fille Mitsuba, âgée de 13 ans est un ciel sans nuage et pourtant… Un style épuré, dont on ne se lasse pas, des faits quotidiens, par petites touches et le drame qui est suspendu, on le sent… un chef d’œuvre !

Genre: littérature

Tête Bêche

Editions : Philippe Picquier

Prix : 7,10€

Ce livre, et c’est dommage, est une mystification : sur la couverture une photo du film culte de Wong Kar Wai, In the mood for love, la quatrième de couverture nous annonce que ce livre a inspiré le créateur du film, du coup l’attente du lecteur est trompée : il ne s’agit ici que d’une atmosphère et encore…

Si on fait abstraction de cette tromperie, l’œuvre est en soi très intéressante par sa construction : deux personnages très crédibles, complètement opposés (tête-bêche) évoluent dans les mêmes lieux, assistent aux mêmes scènes et les racontent : une toute jeune fille qui fantasme sur un avenir de star et rêve qu’elle va rencontrer le prince charmant, en essayant d’échapper à un morne quotidien… Un vieil homme, un clone de l’auteur, navigue entre nostalgie et rappel du passé à travers le nouveau visage de la ville, Hong-Kong, héroïne du livre.

Genre: littérature

Dans l’ombre de la lumière

Editions : Actes Sud

Prix : 21,80€

Claude Pujade-Renaud toujours dans le deuil de son compagnon Daniel Zimmermann auquel elle dédie ce livre, poursuit sa recherche… dans « Les femmes du braconnier » elle entrait dans la vie d’un couple d’écrivains célèbres, essayant de décortiquer la relation amoureuse d’un couple d’artiste. Dans l’ombre de la lumière, c’est la vie d’Alissa, qui fut la concubine de St Augustin, lui donna un fils puis fut répudiée. A travers le récit de cette femme profondément sensuelle et amoureuse, Claude Pujade-Renaud, essaie de comprendre l’évolution de St Augustin, comment est-il passé de cette relation heureuse et épanouie à la renonciation à toute vie sexuelle… que s’est-il passé ? Quelle était la place d’Alissa ? De nombreux textes de St Augustin sont cités, un angle intéressant pour essayer de comprendre un philosophe et théologien célèbre… Nous sommes toujours emportés par le style toujours aussi charnel de Claude Pujade-Renaud !

Genre: littérature

Désolations

Auteur : David Vann

Edition : Gallmeister

Collection : Nature writing

Prix : 23 €

Sur les rives d’un lac glaciaire au coeur de la péninsule de Kenai, en Alaska, Irene et Gary ont construit leur vie, élevé deux enfants aujourd’hui adultes. Mais après trente années d’une vie sans éclat, Gary est déterminé à bâtir sur un îlot désolé la cabane dont il a toujours rêvé. Leur fille Rhoda, toute à ses propres rêves de vie de famille, devient le témoin du face-à-face de ses parents, tandis que s’annonce un hiver précoce et violent qui rendra l’îlot encore plus inaccessible.

Apres la secousse « Sukkwan island », David Vann revient avec une histoire qui nous plonge dans les eaux glacées de la folie humaine. L’écriture et les personnages capturent le lecteur jusqu’au coup de grâce ultime. A ne pas rater ! Pour les retardataires, on signale la sortie poche (de belle facture chez Gallmeister) du non moins glaçant « Sukkwan island »…

Genre: littérature