Archive:


Tenir jusqu’à l’aube

Carole Fives

Éditions Gallimard

17€

« Solo, c’est moins sinistre que seule. Solo, ça renouvelle la figure de la mère célibataire, larguée, quittée, abandonnée, ça éloigne le cliché misérable de la fille-mère, de l’adolescente misérable promenant son landau sur un trottoir défoncé du nord de la France. […] De quoi se plaint-elle ? La solo a parfois poussé le bouchon jusqu’à faire un bébé toute seule, c’est son choix, son problème, elle n’a qu’à assumer et bien se tenir. »

Pendant que son fils de deux ans dort, une jeune mère célibataire sort dans la rue, un peu plus longtemps, un peu plus loin, chaque nuit. Le père est parti, un jour, sans prévenir, comme on se désabonne d’une ligne téléphonique, laissant à la jeune femme la responsabilité d’élever un enfant, tout en travaillant pour payer les factures qui s’accumulent. Mais entre les repas, les comptines et les jouets, elle s’oublie, ne trouve pas le temps de respirer et cherche désespérément à s’oxygéner.

Carole Fives nous livre une fable féministe empreinte d’une fausse légèreté et d’une justesse empathique. La maternité y est désacralisée face à la réalité d’une société contemporaine rongée par la solitude et la culpabilisation des mères célibataires.

Les petits chapitres sont dévorés, le roman est lu en apnée, nous tenant éveillé jusqu’au premières lueurs du jour.

Trancher

Amélie Cordonnier

Éditions Flammarion

17€

Cela fait sept ans qu’Aurélien a délaissé les injures envers sa femme. Pendant sept ans, elle a oublié, l’a aimé à nouveau et l’idylle a repris son cours. Mais voilà, un beau matin, Aurélien ne peut pas s’en empêcher et la violence verbale reprend sa place dans la famille.

« Ferme ta gueule une bonne fois pour toutes, connasse, si tu veux pas que je la réduise en miettes »

Il recommence à vomir des insultes, ravageant leur amour par les mots.

Le 3 janvier, elle aura quarante ans. Ce jour-là, elle aura pris sa décision. Ce jour-là, elle aura choisi, décidé, déterminé, décrété, statué, délibéré. Tranché.

Par une écriture brute et imagée, Amélie Cordonnier nous donne à voir la torture psychologique d’une femme sous l’emprise d’un pervers narcissique. Elle nous laisse accompagner la narratrice au nom inconnu, qui pourrait être n’importe qui : une amie, une voisine. Vous.

On la suit au fil des pages qu’on tourne de manière hypnotique, attendant que la décision tombe.

Partir ou rester ?

La vraie vie

Adeline Dieudonné

Éditions de L’Iconoclaste

17€

Une fillette sans nom grandit entourée d’animaux empaillés et d’humains monstrueux. Vouant un amour sans borne à son petit-frère, Gilles, elle tente de toutes ses forçes de lui redonner le sourire suite à un accident qui a éteint son rire.

Dans ce roman, les animaux empaillés sont plus vivants que jamais et les Hommes sont dévorés par une noirceur troublante. Alors que son corps se tranforme, la fillette s’enferme dans un imaginaire salvateur, combattant ainsi la violence qui l’entoure.

Conte noir et magistral, La vraie vie nous parle d’une petite fille, de monstres et d’animaux qui vivent en nous.

 

La tête sous l’eau

Olivier Adam

Éditions Robert Laffont

16€

 

Attention, vous serez immergé dans ce récit dès les premières pages ! Léa, disparue depuis un an, est de retour à la maison. Mais le cauchemar n’est pas terminé, il faut maintenant se reconstruire. La famille tente tant bien que mal de ne pas couler, continuant de nager, de brasser la mer d’incertitude et de non-dits. Qu’est-il arrivé à Léa ? Que cache-t-elle ?

L’écriture d’Olivier Adam est toujours aussi délicate et franche, ses mots nous submergent. On lit, on dévore, nous sommes en apnée, à la recherche de toujours plus d’oxygène, toujours plus de mots. Et enfin, on respire, on ressort à l’air libre, bien qu’attristé  à l’idée de devoir refermer cette merveille.

Un coup de poing en plein cœur.

 

Khalil

Yasmina Khadra

Éditions Julliard

19€

 

Nous sommes le vendredi 13 novembre 2015. Le stade de France est bondé, le concert des Eagles of Death Metal fait danser la foule au Bataclan et les terrasses des cafés résonnent de rires. C’est une soirée tranquille qui suit son court à Paris. Au milieu de tous ces gens, il y a Khalil. Il n’est pas là pour visiter la ville, ni pour regarder le match dans un bar. Khalil porte une ceinture d’explosifs et attend l’heure de pointe dans le RER. Mais le bouton ne marche pas et le 14 novembre 2015, Khalil est toujours vivant.

Dans cette fiction basée sur les attentats du 13 novembre 2015, Yasmina Khadra use de son écriture pour nous donner à voir une chose à laquelle on ne pense pas : l’homme derrière le kamikaze.

Remarquable, saisissant et perturbant.

Juste après la vague

Sandrine Collette

Éditions Denoël

19.90 €

Après un terrible raz-de-marée, la terre est en partie submergée. Ils se retrouvent dans leur maison sur la colline, peut-être les seuls survivants du terrible cataclysme : le père, la mère et leurs 8 enfants. Malheureusement l’eau continue de monter et la barque ne peut contenir la famille entière, il faudra en abandonner trois en leur promettant de revenir les chercher quand ils auront trouvé du secours. Pourquoi le père a-t-il choisi les trois plus faibles ? La mère en perd la raison… Dans un monde ni complètement différent du nôtre, ni complètement semblable, entre conte et robinsonnade, les petits Poucets, abandonnés par leurs parents, tout faibles qu’ils sont, triompheront des ogres !

Histoire terrible, passionnante et déconcertante : la griffe de Sandrine Collette !

Instantanés d’Ambre

Yôko Ogawa

Éditions Actes Sud

22.50 €

Après la mort de sa benjamine, une mère prise de folie, enferme ses trois autres enfants dans une demeure entourée de hauts murs. Elle les retire du monde de peur qu’ils ne soient aussi victimes de la mystérieuse bête qu’elle croit responsable de la mort de la petite fille. Les enfants survivent, se serrant les coudes, rêvant, créant… et prouvant que les enfants ont une exceptionnelle capacité d’adaptation ! Une histoire poignante, complexe, déstabilisante et poétique comme sait nous les concocter Yôko Ogawa. Du grand art !

Jardin de printemps

Shibasaki Tomoka

Éditions Picquier

7.50 €

Tarô vit dans cet immeuble qui bientôt sera démoli, c’est ainsi au Japon, on ne répare pas, on détruit et on rebattit… Il ne reste plus grand monde dedans, que deux femmes seules qu’il croise parfois. La maison voisine de style occidental, semble obséder l’une d’entre elle qui l’entraîne dans son rêve, pénétrer dans cette maison qui a jadis a été photographié par un couple célèbre… les saisons passent dans le jardin de cette mystérieuse demeure jusqu’au jour où l’occasion se présente d’y entrer…

Une histoire sur la pointe des pieds, tout en nuance et en vie rêvée comme on les aime.

Terres promises

Milena Agus

Éditions Liana Levi

15 €

Un bonheur de lecture depuis l’île sarde de la romancière. Partir-revenir, c’est le lot des insulaires, la tête toujours pleine de rêves d’ailleurs. Mais pas la peine d’habiter une île pour être réceptif à ce très beau roman car nous sommes tous en quête d’une terre promise.

Avec son style en apparence simple, Milena Agus parvient à remuer en nous des interrogations existentielles sans en avoir l’air. C’est toute la force de son écriture.

Qu’est-ce que vous voulez ?

Roman Sentchine

Éditions Noir sur blanc

20 €

La Russie de Poutine vue par une ado lors de l’élection présidentielle de 2012. Depuis, rien n’à changé ! En faisant parler une jeune moscovite, le romancier, opposant déclaré au maître du Kremlin, donne à sa critique un ton décalé. Édifiant !

Next page →