Zone d’intérêt

Auteur : Martin Amis

Edition : Calmann-Levy

Prix : 21.50 €

Septembre 2015

 

Disons-le d’emblée : On aime ce livre et on le défend non pas pour la polémique qui entoure sa sortie mais parce qu’il s’agit d’un excellent roman de cette rentrée littéraire 2015. Bien sûr, il a été refusé par ses éditeurs historiques ; bien sûr, Martin Amis traine la réputation (pas totalement usurpée) d’auteur politiquement incorrect ; bien sûr, raconter une histoire d’amour à l’ombre des chambres à gaz suscite LA question – peut-on écrire la shoah en dehors des témoignages de celles et ceux qui en ont été victimes ? Un livre (également remarquable et puissant) avait soulevé pareille indignation. Il s’agit du roman de Jonathan Littell « Les bienveillantes ». Chez le français, le lecteur était d’une certaine façon pris au piège du « héros » narrateur-acteur embourbé (au sens figuré comme au sens propre) dans l’horreur de l’extermination des juifs. Chez Amis, le lecteur ne suit pas l’impensable entrain d’arriver. Le ton froid et tout refus démonstratif accentuent la distance d’avec le récit en nous épargnant d’une certaine manière. Le cœur du sujet n’en demeure pas moins troublant. Comment imaginer en effet ces hommes et ces femmes aux commandes d’un camp de la mort en train d’aimer et de rire, de vivre tout bonnement ? On entend, sidéré, les voix de trois d’entre eux. Ce marivaudage en pleine zone d’intérêt (les nazis désignaient ainsi le camp d’Auschwitz) explore la brutalité de personnages imperméables à la barbarie.

Cet incroyable roman jette une lumière glacée sur la banalité de l’horreur orchestrée par des gens ordinaires. Martin Amis, en véritable styliste, use ici admirablement de la satire pour épingler la folie humaine.

Un mot enfin pour saluer la belle traduction de Bernard Turle (*) qui a su restituer l’écriture elliptique et tout en demi-teinte de l’auteur.

(*) Traducteur d’André Brink, auteur en 2014 de « Autopsie d’une inquiétude »


Genre: littérature